Prémisse : il n’existe pas de réponse universellement correcte. L’objectif est de vous donner les bons critères pour que votre décision soit défendable et réversible.
1. Déconstruire le faux débat
La formulation « build vs buy » est elle-même trompeuse, car elle cache un spectre plus large d’options :| Option | Description | Niveau de contrôle |
| Buy (SaaS off-the-shelf) | Abonnement à une solution existante sans modification possible | Faible |
| Buy (SaaS configurable) | Solution standard avec configuration avancée, API, et intégrations | Moyen |
| Buy + extend | Solution existante avec développements d’extensions ou connecteurs spécifiques | Moyen-fort |
| Build on platform | Développement sur une plateforme low-code/no-code ou framework spécialisé | Fort |
| Build from scratch | Développement logiciel complet sur mesure, architecture propriétaire | Total |
2. Les 7 critères de décision objectivables
2.1 Avantage concurrentiel
La question fondamentale : le processus que vous souhaitez outiller est-il un différenciateur concurrentiel ou une commodité ?- Commodité (gestion comptable, RH, paie, helpdesk) → Buy. Ces processus sont standardisés dans votre secteur. Développer votre propre solution vous expose à un effort de maintenance sans valeur ajoutée pour vos clients.
- Différenciateur (algorithme de scoring propre, workflow métier unique, expérience client propriétaire) → Build. Si ce processus est au cœur de votre proposition de valeur, le céder à un vendor SaaS revient à externaliser votre avantage compétitif.
Test pratique : si votre concurrent direct pouvait accéder à la même solution SaaS demain matin, cela affecterait-il significativement votre position ? Si non, c’est une commodité.
2.2 Fit fonctionnel réel
Évaluez le taux de couverture fonctionnelle d’une solution existante sur vos besoins réels – pas vos besoins idéaux. Méthode :- Lister vos 20 besoins fonctionnels par ordre de priorité
- Évaluer chaque solution candidate sur une échelle 0-3 (0 = absent, 3 = natif)
- Calculer le score pondéré par priorité
2.3 Coût total de possession (TCO) sur 5 ans
La comparaison doit être faite sur le TCO à 5 ans, pas sur le coût initial. Composantes à intégrer : Pour le Buy (SaaS) :- Licences annuelles (avec inflation tarifaire – prévoir +5 à 15% par an)
- Coût d’intégration avec le SI existant
- Coût de migration des données
- Formation des utilisateurs
- Dépendance au vendor (vendor lock-in) : coût de sortie estimé
- Surcoût pour les modules additionnels et la montée en charge
- Coût de développement initial (externe ou interne)
- Infrastructure et hébergement
- Maintenance évolutive annuelle (estimée à 15-20% du coût initial par an)
- Coût des ressources internes pour piloter le projet
- Risque de dépassement (buffer de 30% minimum sur les projets complexes)
2.4 Délai de mise en production
Une solution SaaS peut être opérationnelle en quelques semaines. Un développement sur mesure de complexité moyenne prend 4 à 12 mois. Ce delta a un coût d’opportunité réel que la décision doit intégrer. Question clé : disposez-vous du temps nécessaire pour un développement sur mesure, ou le besoin métier est-il urgent ? Dans certains cas, un SaaS temporaire (buy) permet de répondre à l’urgence pendant qu’un développement sur mesure (build) est conduit en parallèle.2.5 Capacité interne de pilotage
Un développement sur mesure exige une maîtrise d’ouvrage compétente. Sans interlocuteur technique capable de valider les choix d’architecture, de participer aux revues de sprint et de rédiger des user stories précises, le projet dérivera.- Vous avez une équipe IT structurée avec un chef de projet ou product owner → Build envisageable
- Pas de ressource interne dédiée → SaaS ou externalisation avec SLA de maintenance inclus
2.6 Contraintes réglementaires et de souveraineté des données
Dans certains secteurs (banque, santé, administration), les exigences réglementaires locales peuvent rendre difficile l’utilisation de solutions SaaS étrangères : localisation des données, audit des accès, certification spécifique. En Afrique de l’Ouest, les réglementations BCEAO pour le secteur financier, les exigences ARTCI ou ARCEP pour les télécoms, ou les contraintes de certains marchés publics peuvent imposer un hébergement local ou une architecture sous contrôle national.2.7 Évolutivité et roadmap
Évaluez la trajectoire de vos besoins sur 3 à 5 ans :- Vos besoins sont stables et prévisibles → Buy. La solution évoluera avec le marché.
- Vos besoins évoluent rapidement et de manière imprévisible → Build. Vous conservez la capacité d’adaptation.
- Vous envisagez une croissance forte (volume, géographies, fonctionnalités) → analysez les conditions tarifaires d’un SaaS à l’échelle – les coûts peuvent devenir prohibitifs.
3. Les biais organisationnels qui faussent la décision
Au-delà des critères rationnels, plusieurs biais cognitifs et organisationnels orientent régulièrement les décisions dans la mauvaise direction : Le biais NIH (Not Invented Here) Les équipes techniques ont tendance à sous-estimer les solutions existantes et à surestimer leur capacité à développer mieux. « On peut le faire en interne » est souvent vrai – la vraie question est au quel coût et au détriment de quoi. Le biais du coût visible La licence SaaS est visible sur le budget (ligne de dépense récurrente). Le coût d’opportunité des développeurs mobilisés sur un build interne est invisible – ils ne développent pas les fonctionnalités produit qui génèrent de la valeur. Le biais du périmètre optimiste Les projets de développement sur mesure démarrent toujours avec un périmètre réduit et raisonnable. L’effet scope creep – l’accumulation de « petites » fonctionnalités supplémentaires en cours de projet – est l’une des premières causes de dépassement budgétaire. Le biais vendor lock-in La peur du lock-in pousse parfois à rejeter des solutions SaaS de qualité au profit de développements sur mesure. Or, le lock-in existe aussi avec un développement custom : technologies propriétaires, dépendance à l’équipe qui a développé le système, documentation insuffisante.4. La grille de décision synthétique
Sur la base de ces 7 critères, voici notre grille de recommandation simplifiée :| Situation | Recommandation | Niveau de confiance |
| Commodité + SaaS mature disponible + fit > 80% | Buy SaaS | Fort |
| Différenciateur + processus unique + équipe IT structurée | Build sur mesure | Fort |
| Commodité mais contexte réglementaire contraignant | Buy avec hébergement local ou build léger | Moyen |
| Besoin urgent + budget limité + build envisagé à terme | Buy temporaire + Build en parallèle | Moyen |
| Différenciateur + budget limité + pas d’équipe IT | Buy configurable + extensions | Moyen |
| Processus hybride + fit SaaS 60-80% | Buy + extend (connecteurs, plugins) | Moyen |
5. Comment OryStack aborde cette décision avec ses clients
Lorsqu’un client nous contacte pour un développement sur mesure, notre première question n’est pas « quelle technologie ? » mais « avez-vous déjà évalué les solutions existantes ? » Nous conduisons systématiquement une phase d’exploration de 2 à 4 jours avant de recommander un build :- Cartographie des besoins fonctionnels priorisés
- Benchmark des 3 à 5 solutions SaaS candidates les plus pertinentes
- Évaluation du fit fonctionnel pondéré
- Calcul du TCO comparatif sur 5 ans
- Analyse des contraintes spécifiques (réglementaire, intégration, organisation)
- Recommandation argumentée avec scénarios alternatifs
Conclusion
La décision build vs buy mérite la même rigueur analytique qu’une décision d’investissement. Elle engage votre organisation sur 3 à 7 ans, mobilise des ressources significatives, et a un impact direct sur la capacité de votre SI à soutenir la croissance de l’entreprise. Approchez-la avec méthode, questionnez vos biais organisationnels, et assurez-vous que votre prestataire de développement est capable de vous dire quand ne pas développer.Pour un audit build vs buy de votre prochain projet IT, contactez notre équipe : contact@orystack.com